A l’occasion de la nouvelle sortie de « Tout allait bien… », Franck Prévot a répondu à nos questions…
Quel est le thème principal de « Tout allait bien… » ?
« Mon album aborde bien entendu le thème de la différence, et ce de la manière la plus ouverte possible. La notion n’est pas nommée et il ne s’agit surtout pas de donner une leçon de tolérance. L’album a « seulement » pour but d’exposer, de raconter une histoire au lecteur, lui fournissant par là même une occasion de s’exprimer et de débattre avec d’autres sur le thème, sans devancer sa pensée et sans lui suggérer les réponses attendues par l’adulte. On gardera donc cela à l’esprit au cours d’un travail en classe, de manière à ne pas forcer le passage vers une leçon de morale sur le racisme, comme on pourrait être tenté de le faire… »
Comment est né « Tout allait bien… « ?
« »Tout allait bien… » est mon premier album et de surcroit le seul que j’ai illustré moi-même. Je l’ai écrit alors que j’occupais mon premier poste d’instituteur (CM1-CM2). Je travaillais avec mes élèves sur l’écriture d’albums et leur illustration. Suite à la découverte d’un album de Christian Voltz (Comme chaque matin, Ed du Rouergue), ils ont souhaité illustrer leurs textes par des photos de « maquettes » réalisées avec des objets de récupération. Ayant une grand-mère mercière (cf Ninette, Ed. Grandir), j’ai récupéré une quantité de boutons, me disant que cela pourrait leur être utile. Face à ce stock, je me suis amusé à organiser concrètement la rencontre entre les bleus et les rouges (sur un coin de table !). L’histoire est venue très vite et après me l’être racontée plusieurs fois, j’ai pensé qu’elle était intéressante, justement parce qu’elle ne nommait pas les thèmes qu’elle permet d’aborder.
Par curiosité et parce que mes élèves rencontraient quelques problèmes au niveau du « vivre ensemble », j’ai décidé de leur raconter mon histoire en l’illustrant en direct en déplaçant les boutons. Très vite, j’ai eu envie de me taire et de les laisser raconter (« Le bleu va rentrer dans l’histoire. À votre avis, que va-t-il se passer ? Allez-y, faites bouger les boutons !… ») et je me suis rendu compte que cette manière de raconter, ou plutôt de laisser raconter, faisait jaillir d’intéressantes confrontations de points de vue. J’ai eu par la suite d’autres occasions de raconter ou de laisser raconter mon histoire (je laissais en général les enfants me livrer leur version et je leur offrais la mienne pour confrontation) et à chaque fois, l’expérience nous a fournit de riches débats. À force de raconter, je me suis aperçu que mes phrases étaient toujours les mêmes et c’est à ce moment-là seulement que j’ai eu l’idée d’écrire et de photographier mes boutons pour proposer mon travail à un éditeur… »